Dans notre vieux jardin, à la campagne, s'étendait un large figuier.
Bien des gens le disait enchanté.
Et comme j'était tout enfant à cette époque, je descendais souvent, à minuit, dans le jardin, avec l'espoir d'apercevoir la fée du figuier.
Mais je n'entendais que le chuchotement rieur des feuilles dans le rêve de la paix estivale et je ne distinguais que les rameaux argentés arrondissant leurs lignes onduleuses au clair de
lune.
Pourtant, une nuit il m'arriva de m'endormir à l'ombre du figuier.
Et j'eus un songe... Je vis une pâle jeune femme vêtue de lune, avec les cheveux de moire verte, descendre par un lent glissement le long des branches frissonnantes, et me parler d'une voix
fraîche comme le labil d'une eau qui coule, le soir, en chantant dans la solitude.
Et la fée me parlait des hommes d'autrefois qu'elle avait aimés et pleurés, des beautés, des passions et des larmes ensevelies dans le souvenir du temps.
Elle était si pâle et tant d'étoiles d'azur blond voguaient dans le ciel de ses yeux que j'étendis les mains pour la saisir. Mais je me réveillai et je ne la vis plus.
Et je ne la reverrai plus jamais, car on a coupé l'arbre enchanté et je ne puis plus me rendormir à l'ombre du figuier.
P. Vlasto
Figuier à Goult ©
Kri
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